Balade odonymique à vélo, sur les noms de femmes données aux rues

Événement

Saviez-vous qu'à Villeneuve, sur plus de 750 rues, seules 23 portent le nom de femmes ? Pour la journée internationale des droits des femmes, Villeneuvois à vélo propose de mettre en lumière ces femmes qui ont donné leur nom à des rues villeneuvoises, lors d'une balade à vélo avec l'aimable aide du Pays d'Art et d'Histoire.

Cette balade s'inscrit dans la programmation de « La Villeneuvoise », une semaine organisée par la mairie et différents partenaires en écho à la journée internationale des droits des femmes.
Des noms nationaux comme Marie Curie ou Colette, mais également des personnalités locales comme Madeleine Pauliac ou Sabine Sicaud, cette balade de 10 km propose un tour d'horizon des rues et places données au nom de femmes, en prenant quelques instants pour mettre en valeur leurs histoires et leurs causes. Elle montre également une certaine organisation géographique de ces rues, issues de volontés locales de donner des noms de femmes aux nouvelles rues.

Rendez-vous le dimanche 8 mars à 10 h, au départ du parvis... Sainte-Catherine.

De l'histoire des odonymes

L'odonymie est l'étude des odonymes, les noms de rue et de la façon dont ces noms de voies sont choisies. Le choix des noms de rue ne relève pas du hasard : ils emportent souvent un brin d'histoire, ou une certaine vision de l'urbanisme. Les centres historiques disposent souvent de noms de grands hommes, de corporations, de valeurs… déjà nommées à l'époque contemporaine. Plus on s'éloigne du centre-ville, plus les noms de rue rendent hommage à des personnes. Les quartiers urbains créés à partir des années 1960 voient souvent des noms de rue thématiques, passe-partout, à usage fonctionnel. Villeneuve-sur-Lot décompte par exemple près d'une soixantaine de rues aux noms d'oiseaux ou de végétaux, souvent désignés par grappes. Plus récemment, l'obligation d'adressage (rendue nécessaire d'abord par les opérateurs pour la pose de la fibre optique, puis imposée par la loi 3DS du 21 février 2022) a vu fleurir de très nombreux odonymes en lien avec les villages limitrophes (route de Pailloles…) ou lieux-dits déjà existants.

Jusqu'à cette obligation, les noms de rues ont été donnés ces dernières décennies « par grappes », proposant ainsi des origines thématiques aux odonymes. Le quartier pavillonnaire au sud de l'avenue de Fumel dispose de nombreuses rues et impasses aux noms d'oiseaux. Les rues proches du lycée Lot-et-Bastides sont nommées par des lieux géographiques (villes, pays).

C'est finalement assez récemment qu'est venue l'importance de nommer les rues pour commémorer des personnalités locales. En 2004, les rues nouvelles de la zone commerciale Parasol sont nommées au nom de cinq résistantes du Villeneuvois. Ces dernières années, la municipalité actuelle a donné les noms des 12 fusillés d'Eysses à l'espace public villeneuvois, dans le cadre des Saisons de la mémoire.

Pour compléter :

Au même titre qu’un pays, une ville se veut le porte-drapeau de certaines valeurs. Le fait est que ce sentiment se traduit dans le nom des rues et des places parce que l’attribution des noms est le privilège des municipalités. Chaque ville défend, par ses plaques, l’image qu’elle donne d'elle-même et la plupart du temps ses habitants soutiennent cette image. Une ville religieuse mettra en avant ses lieux saints et les piliers de la religion qu’elle accueille, « rue du Mausolée » ou « place de la Miséricorde ». Une ville qui se veut à l'avant-garde de l’urbanisme choisira ses noms parmi les grands architectes. De même, Paris est la ville où le nombre de rues portant le nom d’un soldat (surtout des officiers) est le plus important au monde (juste devant Londres) afin d'illustrer le passé combatif et courageux de la cité. En France, la plupart des villes arborent une rue de la République (comme à Agen), souvent héritière d'une rue Impériale issue des percées haussmanniennes du XIXe siècle.

C'est enfin très récemment que les noms de rues sont devenues des luttes militantes. Colonialisme, féminisme, lutte contre le racisme sont autant de combats qui méritent d'être rendus plus visibles. Les récentes décisions de justice autour du quartier de la Négresse à Biarritz rappellent que les noms de rue reflètent une époque et ne peuvent être considérés comme immuables. De nombreuses villes ont ainsi débaptisé leurs rues faisant hommage à l'Abbé Pierre, à la suite des témoignages récents.

Pourquoi les femmes sont invisibilisées

En France, entre 2 % et 10 % des rues portent le nom de femmes. La prise de conscience de ce déséquilibre est récente, et encore peu généralisée. Si les métropoles prônent désormais la parité pour les nommages de nouveaux quartiers, il faudra encore longtemps pour combler les différences dans les noms de rue.

Les débaptisations sont rares : elles entraînent en effet des démarches administratives pour les riverains et sont plus sujettes à conflit. Ainsi, ce sont souvent des rues sans nom, des impasses privées qui voient désormais des nouveaux noms, dont ceux de femmes. La conséquence est que ces rues nouvellement nommées sont très souvent situées en périphérie, et ne concernent que quelques habitations. Il est important de donner des noms de rues féminins, aussi faut-il que cela se sache. Quand les grands boulevards parisiens sont encore au nom d'hommes, les femmes se contentent de ruelles étroites.

Ce constat peut également se faire à Villeneuve-sur-Lot. D'après notre propre calcul, issu de la Base d'Adresse Nationale, seules 23 rues et une place villeneuvoise sont nommées d'après une femme ou une icône féminine, sur 762 rues, places et parcs début février 2026. Cela est à comparer avec les 251 rues et places nommées selon des personnalités masculines. Ces rues se trouvent sur la carte ci-dessous.
On peut les diviser en trois catégories : des personnages théologiques ou historiques (Sainte-Catherine, Jeanne d'Arc, La Marquise...), des pionnières (Marie Curie, Hélène Boucher, Maryse Bastié...), et de nombreuses résistantes locales (Paulette Bouvard, Rosine Bet, Marguerite Fillol, Marguerite Belloni...).

Les 24 noms de rues et places villeneuvoises :

  • Allée George Sand
  • Chemin de la Marquise
  • Impasse Ninette
  • Place Anna Politkovskaïa
  • Route de Sainte Radegonde
  • Rue Anne Marie Robinet
  • Rue Colette
  • Rue George Sand
  • Rue Hélène Boucher
  • Rue Jean et Marguerite Belloni
  • Rue Jeanne d'Arc
  • Rue Louise Hurault de Ligny
  • Rue Madeleine Pauliac
  • Rue Marcelle et Gaston Cavaillé
  • Rue Marguerite Brouillet
  • Rue Marguerite Et René Filhol
  • Rue Marie Curie
  • Rue Maryse Bastié
  • Rue Notre Dame
  • Rue Paulette Bouvard
  • Rue Rosine Bet
  • Rue Sabine Sicaud
  • Rue Sainte-Catherine
  • Rue Sellière
  • Rue Suzanne Lacorre

Cette balade odonymique à vélo, organisée ce dimanche 8 mars, vise à rendre hommage à ces femmes, et à soulever la question de la féminisation des rues villeneuvoises. Nous espérons que cette balade puisse amener la prochaine municipalité à donner des noms de rue à de nouvelles femmes, afin de visibiliser davantage la place qu'elles ont joué dans l'histoire, locale et nationale.

Bibliographie

Sur la féminisation des noms de rue :

Des baptêmes de rues villeneuvoises :

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